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De même pour le Dieu «qui n’est pas», une pauvre traduction ''littérale'', car on devrait lire ésotériquement le ''dieu qui n’existe pas, mais qui est''. Car la souche d’ ''οὐδέν'' est ''οὐδείς'', et signifie «et non quelqu’un», c’est-à-dire que ce dont on parle, n’est point une ''personne'' ou ''quelche chose'', mais le négatif des deux (le ''οὐδέν'', neutre, est employé comme adverbe: «''dans rien''»). Donc le ''to ouden en'' de Basilide {{Page aside|241}}est absolument identique avec l’''En'' ou «''Ain-Soph''» des kabalistes. Dans la métaphysique religieuse des Hébreux, l’Absolu est une abstraction, «sans forme ni existence», «sans aucune similitude à rien autre» (Franck, ''La Kabbale'', p. 173). Dieu donc est RIEN, sans nom, comme sans qualités; c’est pourquoi on l’appelle {{Style S-Small capitals|Ain-Soph}}, car le mot ''Ain'' signifie rien. | De même pour le Dieu «qui n’est pas», une pauvre traduction ''littérale'', car on devrait lire ésotériquement le ''dieu qui n’existe pas, mais qui est''. Car la souche d’ ''οὐδέν'' est ''οὐδείς'', et signifie «et non quelqu’un», c’est-à-dire que ce dont on parle, n’est point une ''personne'' ou ''quelche chose'', mais le négatif des deux (le ''οὐδέν'', neutre, est employé comme adverbe: «''dans rien''»). Donc le ''to ouden en'' de Basilide {{Page aside|241}}est absolument identique avec l’''En'' ou «''Ain-Soph''» des kabalistes. Dans la métaphysique religieuse des Hébreux, l’Absolu est une abstraction, «sans forme ni existence», «sans aucune similitude à rien autre» (Franck, ''La Kabbale'', p. 173). Dieu donc est RIEN, sans nom, comme sans qualités; c’est pourquoi on l’appelle {{Style S-Small capitals|Ain-Soph}}, car le mot ''Ain'' signifie rien. | ||
Ce n’est pas ce Principe immuable et absolu, qui n’est qu’en puissance d’être, qui émane les dieux, ou principes actifs du monde manifesté. L’absolu n’ayant, ni ne pouvant avoir aucune relation avec le conditionné ou le limité, ce, dont les émanations procèdent est le «Dieu qui parle» de Basilide: c’est-à-dire le logos, que Philon appelle «le second Dieu» et le Créateur des formes. «Le second Dieu est la Sagesse du Dieu UN» (Quaest. et Solut., Bk. II, 62). «Mais ce logos, cette ‘Sagesse’ est une émanation, toujours?» nous objectera-t-on. «Or, faire émaner quelque chose de | Ce n’est pas ce Principe immuable et absolu, qui n’est qu’en puissance d’être, qui émane les dieux, ou principes actifs du monde manifesté. L’absolu n’ayant, ni ne pouvant avoir aucune relation avec le conditionné ou le limité, ce, dont les émanations procèdent est le «Dieu qui parle» de Basilide: c’est-à-dire le ''logos'', que Philon appelle «le second Dieu» et le Créateur des formes. «Le second Dieu est la Sagesse du Dieu UN» (''Quaest. et Solut''., Bk. II, 62). «Mais ce ''logos'', cette ‘Sagesse’ est une émanation, toujours?» nous objectera-t-on. «Or, faire émaner quelque chose de {{Style S-Small capitals|Rien}}, est une absurdité!» Pas le moins du monde. D’abord, ce «rien» est un ''rien'' parce qu’il est l’''absolu'', par conséquent le TOUT. Ensuite, ce «second Dieu» n’est pas plus une émanation que l’ombre que notre corps projette sur un mur blanc n’est l’émanation de ce corps. En tout cas, ce Dieu n’est pas l’effet d’une cause ou d’un acte réfléchi, d’une volonté consciente et délibérée. Il n’est que l’effet périodique<ref>Pour celui du moins, qui croit à une succession de «créations» non interrompues, que nous nommons «les jours et les nuits» de Brahmâ, ou les ''manvantaras'', et les pralayas (dissolutions).</ref> d’une loi éternelle et immuable, en dehors du temps et de l’espace, et dont le ''logos'' ou l’intelligence créatrice est l’''ombre'' ou le ''reflet''. | ||
</ref> d’une loi éternelle et immuable, en dehors du temps et de l’espace, et dont le logos ou l’intelligence créatrice est | |||
—«Mais c’est absurde, cette idée!» entendons-nous dire à tout croyant dans un Dieu personnel et authropomorphe. «Des deux,—I’homme est son ombre,—c’est cette dernière qui est le rien, une illusion d’optique, et l’homme qui la projette qui est l’intelligence, quoique passive dans ce cas!» | —«Mais c’est absurde, cette idée!» entendons-nous dire à tout croyant dans un Dieu personnel et authropomorphe. «Des deux,—I’homme est son ombre,—c’est cette dernière qui est le ''rien'', une illusion d’optique, et l’homme qui la projette qui est l’intelligence, quoique passive dans ce cas!» | ||
—Parfaitement, mais c’est seulement ainsi sur notre plan, où tout n’est qu’illusion; où tout paraît à l’envers, comme ce qui est reflété dans un miroir. Or, comme le domaine du {{Page aside|242}}seul réel est à nos perceptions faussées par la matière, le non-réel; et que, du point de vue de la réalité absolue, l’univers avec ses êtres conscients et intelligents n’est qu’une pauvre fantasmagorie—il en résulte que c’est l’ombre du Réel, sur le plan de ce dernier, qui est douée d’intelligence et d’attributs, tandis que cet absolu,—de notre point de vue,—est privé de toute qualité conditionnelle, par cela même qu’il est l’absolu. Il ne faut pas être bien versé dans la métaphysique orientale pour le comprendre; et il n’est pas bien nécessaire d’être un paléographe ou un paléologue distingué pour voir que le système de Basilide est celui des Védantins, quelque tordu et défiguré qu’il soit par l’auteur du Philosophumena. Ceci nous est parfaitement prouvé même par le résumé fragmentaire des systèmes gnostiques, que nous donne cet ouvrage. Il n’y a que la doctrine ésotérique qui puisse expliquer tout ce qui se trouve d’incompréhensible et de chaotique dans ce système incompris de Basilide, ainsi qu’il nous est transmis par les pères de l’église, ces bourreaux des Hérésies. Le Pater innatus ou le Dieu non engendré, le grand Archon ( | —Parfaitement, mais c’est seulement ainsi sur notre plan, où tout n’est qu’illusion; où tout paraît à l’envers, comme ce qui est reflété dans un miroir. Or, comme le domaine du {{Page aside|242}}seul réel est à nos perceptions faussées par la matière, le ''non-réel''; et que, du point de vue de la réalité absolue, l’univers avec ses êtres conscients et intelligents n’est qu’une pauvre fantasmagorie—il en résulte que c’est l’ombre du Réel, sur le plan de ce dernier, qui est douée d’intelligence et d’attributs, tandis que cet absolu,—de notre point de vue,—est privé de toute qualité conditionnelle, ''par cela même qu’il est l’absolu''. Il ne faut pas être bien versé dans la métaphysique orientale pour le comprendre; et il n’est pas bien nécessaire d’être un paléographe ou un paléologue distingué pour voir que le système de Basilide est celui des Védantins, quelque tordu et défiguré qu’il soit par l’auteur du ''Philosophumena''. Ceci nous est parfaitement prouvé même par le résumé fragmentaire des systèmes gnostiques, que nous donne cet ouvrage. Il n’y a que la doctrine ésotérique qui puisse expliquer tout ce qui se trouve d’incompréhensible et de chaotique dans ce système incompris de Basilide, ainsi qu’il nous est transmis par les pères de l’église, ces bourreaux des ''Hérésies''. Le ''Pater innatus'' ou le Dieu non engendré, le grand ''Archon'' (''Αρχων''), et les dieux démiurges, même les troits cent soixante-cinq cieux, le nombre contenu dans le nom d’Abraxas, leur gouverneur, tout cela fut dérivé des systèmes Indiens. Mais tout est nié dans notre siècle de pessimisme, où tout marche à la vapeur, voir même la vie, où rien d’abstrait aussi—et il n’y a pas autre chose d’éternel,—n’intéresse plus que de rares ''excentriques'', et où l’homme meurt, sans avoir vécu un moment en tête-à-tête avec son âme, emporté qu’il est par le tourbillon des affaires égoïstes et terrestres. | ||
A part, cependant, la métaphysique, chacun de ceux qui entrent dans la Société Théosophique y peu trouver une science ou une occupation à son goût. Un astronome pourrait faire plus de découvertes scientifiques en étudiant les allégories et les symboles concernant chaque étoile<ref>Chaque dieu ou déesse des 333,000,000 qui eomposent le Panthéon Indou, est représenté par une étoile. Comme le nombre des étoiles et constellations connues des astronomes n’arrive guère à ce chiffre, on pourrait soupçonner que les anciens Indous connaissaient plus d’étoiles que les modernes.</ref> dans les vieux {{Page aside|243}}livres sanscrits, qu’il n’en fera jamais avec l’aide seulement des Académies. Un médecin intuitif en apprendrait plus dans les ouvrages de Charaka,<ref>Charaka était un médecin de l’époque védique. Une légende le représente comme l’incarnation du Serpent de Vishnou, sous son nom de Secha, qui règne dans Patala (les enfers).</ref>—traduits en Arabe dans le | A part, cependant, la métaphysique, chacun de ceux qui entrent dans la Société Théosophique y peu trouver une science ou une occupation à son goût. Un astronome pourrait faire plus de découvertes scientifiques en étudiant les allégories et les symboles concernant chaque étoile<ref>Chaque dieu ou déesse des 333,000,000 qui eomposent le Panthéon Indou, est représenté par une étoile. Comme le nombre des étoiles et constellations connues des astronomes n’arrive guère à ce chiffre, on pourrait soupçonner que les anciens Indous connaissaient plus d’étoiles que les modernes.</ref> dans les vieux {{Page aside|243}}livres sanscrits, qu’il n’en fera jamais avec l’aide seulement des Académies. Un médecin intuitif en apprendrait plus dans les ouvrages de Charaka,<ref>Charaka était un médecin de l’époque védique. Une légende le représente comme l’incarnation du Serpent de Vishnou, sous son nom de Secha, qui règne dans Patala (les enfers).</ref>—traduits en Arabe dans le VIII<sup>me</sup> siècle, ou dans les manuscrits poudreux qui se trouvent à la librairie d’Adyar,—incompris comme tout le reste, que dans les livres sur la physiologie moderne. Les théosophes portés vers la medicine ou ''l’art de guérir'' pourraient consulter plus mal que les légendes et symboles révélés et expliqués sur Asclépios ou Esculape. Car, comme jadis Hippocrate consultant à Cos<ref>Strabon, ''Geographica'', XIV, ii, 19. Voyez aussi Pausanias, ''Periegesis'', II, xxvii, 2-3.</ref> les stèles votives de la rotonde d’Epidaure (surnommé le Tholos), ils pourraient y trouver les prescriptions de remèdes inconnus à la pharmacopée moderne.<ref>On sait que tous ceux qui se trouvaient guéris dans les ''Asclepieia'' laissaient dans le temple des ''ex-voto''; qu’ils faisaient graver sur des stèles les noms de leurs maladies et des remèdes bienfaisants. Dernièrement, une quantité de ces ''ex-voto'' furent excavés à l’Acropole. Voyez ''L’Asclépieion d’Athènes'', Paul Girard, Paris, Thorin, 1882.</ref> Pour lors, ils pourraient peut-être guérir, au lieu de tuer. | ||
Disons-le, pour la centième fois: la Vérité est une! Sitôt qu’elle est présentée, non sous toutes ses faces, mais selon les mille est une opinions que se font sur elle ses serviteurs, on n’a plus la VÉRITÉ divine, mais des échos confus de voix humaines. Où la chercher dans son tout integral, même approximatif? Est-ce chez les Kabalistes chrétiens ou les Occultistes européens modernes? Chez les Spirites du jour ou les spiritualistes primitifs? | Disons-le, pour la centième fois: la Vérité est une! Sitôt qu’elle est présentée, non sous toutes ses faces, mais selon les mille est une opinions que se font sur elle ses serviteurs, on n’a plus la VÉRITÉ divine, mais des échos confus de voix humaines. Où la chercher dans son tout integral, même approximatif? Est-ce chez les Kabalistes chrétiens ou les Occultistes européens modernes? Chez les Spirites du jour ou les spiritualistes primitifs? | ||
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—«Mais les Kabalistes Israélites, lui demandai-je, sont-ils aussi pour le Christ?» | —«Mais les Kabalistes Israélites, lui demandai-je, sont-ils aussi pour le Christ?» | ||
—«Ah bien, ceux-là sont pour leur Messie. Ce n’est qu’une affaire de date!» | —«Ah bien, ceux-là sont pour ''leur'' Messie. Ce n’est qu’une affaire de date!» | ||
En effet, dans l’éternité il ne saurait se trouver d’anachronisme. Seulement, comme toutes ces variations de termes et de systèmes, tous ces enseignements contradictoires ne sauraient contenir le vraie Vérité, je ne vois pas comment MM les Kabalistes de France peuvent prétendre à la connaissance des Sciences occultes. Ils ont la Kabbale de Moïse de Léon<ref>C’est lui qui a compilé le Zohar de Siméon ben Jochaï, les originaux des premiers siècles ayant été tous perdus; on l’accusa à tort d’avoir inventé ce qu’il a écrit. II a collectionné tout ce qu’il put trouver; mais il suppléa de son propre fonds aux passages qui manquaient, aidé en ceci par les chrétiens gnostiques de la Chaldée et de la Syrie.</ref> compilée par lui au | En effet, dans l’éternité il ne saurait se trouver d’anachronisme. Seulement, comme toutes ces variations de termes et de systèmes, tous ces enseignements contradictoires ne sauraient contenir le vraie Vérité, je ne vois pas comment MM les Kabalistes de France peuvent prétendre à la connaissance des Sciences occultes. Ils ont la Kabbale de Moïse de Léon<ref>C’est lui qui a compilé le ''Zohar'' de Siméon ben Jochaï, les originaux des premiers siècles ayant été tous perdus; on l’accusa à tort d’avoir inventé ce qu’il a écrit. II a collectionné tout ce qu’il put trouver; mais il suppléa de son propre fonds aux passages qui manquaient, aidé en ceci par les chrétiens gnostiques de la Chaldée et de la Syrie.</ref> compilée par lui au XIII<sup>me</sup> siècle; mais son ''Zohar'', comparé au ''Livre des Nombres'' des Chaldéens, représente autant l’ouvrage de Rabbi Siméon ben Jochaï, que le ''Pimandre'' des grecs chrétiens représente le vrai livre du Thoth égyptien. La facilité avec laquelle la Kabbale de Rosenroth et ses textes latins du moyen âge manuscrits et lus d’après le système du ''Notaricon'', se transforment en textes chrétiens et trinitaires, ressemble à un effet de féerie. Entre le marquis de Mirville et son ami, le chevalir Drach, ancien rabbin converti, la «bonne Kabbale» est devenue un catéchisme de l’église de Rome. Que MM. les Kabalistes s’en contentent, nous préférons nous en tenir à la Kabbale des Chaldéens, le ''Livre des Nombres''. Celui qui est satisfait de la lettre morte, aura beau se draper dans le manteau des ''Tannaïm'' (les anciens initiés d’Israël), il ne sera toujours, aux yeux de l’occultiste expérimenté, que le loup affublé du bonnet de nuit de la grand’mère du petit Chaperon Rouge. Mais, le loup ne dévorera point l’occultiste comme il dévore le Chaperon Rouge, symbole du profane assoiffé de mysticisme, qui tombe sous sa dent. C’est le «loup» plutôt luimême qui périra, en tombant dans son propre piège . . . | ||
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Comme la Bible, les livres kabalistiques ont leur lettre morte, le sens exotérique, et leur sens vrai ou l’ésotérique. La clef du vrai symbolisme se trouve à l’heure qu’il est au delà des pics gigantesques des Himalayas, même celle des systèmes Indous. Aucune autre clef ne saurait ouvrir les sépulchres où gisent enterrés depuis des milliers d’années tous les trésors intellectuels qui y furent déposés par les interprètes primitifs de la Sagesse divine. Mais le grand cycle, le premier du Kaliyuga est à sa fin; le jour de la résurrection de tous ces morts peut bien ne pas être loin. Le grand voyant suédois, Emmanuel Swedenborg l’a dit: «Cherchez le mot perdu parmi les hiérophantes, dans la grande Tartarie et le Thibet». | Comme la Bible, les livres kabalistiques ont leur lettre morte, le sens exotérique, et leur sens vrai ou l’ésotérique. La clef du vrai symbolisme se trouve à l’heure qu’il est au delà des pics gigantesques des Himalayas, même celle des systèmes Indous. Aucune autre clef ne saurait ouvrir les sépulchres où gisent enterrés depuis des milliers d’années tous les trésors intellectuels qui y furent déposés par les interprètes primitifs de la Sagesse divine. Mais le grand cycle, le premier du ''Kaliyuga'' est à sa fin; le jour de la résurrection de tous ces morts peut bien ne pas être loin. Le grand voyant suédois, Emmanuel Swedenborg l’a dit: «Cherchez le ''mot perdu'' parmi les hiérophantes, dans la grande Tartarie et le Thibet». | ||
Quelles que soient les apparences contre la Société Théosophique, quelle que soit son impopularité parmi ceux qui tiennent en sainte horreur tout ce qui leur semble une innovation, une chose cependant est certaine. Ce que vous regardez, Messieurs nos ennemis, comme une invention du | Quelles que soient les apparences contre la Société Théosophique, quelle que soit son impopularité parmi ceux qui tiennent en sainte horreur tout ce qui leur semble une ''innovation'', une chose cependant est certaine. Ce que vous regardez, Messieurs nos ennemis, comme une invention du XIX<sup>me</sup> siècle, est vieux comme le monde. Notre Société est l’arbre de la Fraternité, poussé d’un noyau planté dans la terre par l’ange de la Charité et de la Justice, le jour où le premier Caïn tua le premier Abel. Pendant les longs siècles de l’esclavage de la femme et de la souffrance du pauvre, ce noyau fut arrosé de toutes les larmes amères versées par le faible et l’opprimé. Des mains bénies l’ont replanté d’un coin de la terre dans un autre, sous des cieux différents et à des époques éloignées l’une de l’autre. «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit», disait Confucius à ses disciples. «Aimez-vous entre vous, et aimez toute créature vivante», prêchait Gautama le Bouddha à ses Arhats. «Aimez-vous les uns les autres» fut répété comme un echo fidèle dans les rues de Jérusalem. C’est aux nations chrétiennes qu’appartient l’honneur d’avoir obéi à ce commandement suprême de leur maître dans toute la force paradoxale! Caligula, le ''païen'', désirait que l’humanité n’eût qu’une tête pour la décapiter d’un coup. Les puissances ''chrétiennes'' out renchéri sur ce désir resté en théorie, en cherchant, et trouvant enfin le moyen de le mettre en pratique. Qu’ils se préparent donc à s’entr’égorger et qu’ils continuent à exterminer à la guerre plus d’hommes en un {{Page aside|246}}jour que les Césars n’en tuaient dans une année. Qu’ils dépeuplent des pays et des provinces entières au nom de leur religion paradoxale et qu’ils périssent par l’épée, ceux qui tuent par l’épée. Qu’avons-nous à voir dans tout cela? | ||
Les théosophes sont impuissants à les arrêter. Soit. Mais il leur appartient de sauver autant de survivants que possible. Noyaux d’une vraie Fraternité, il dépend d’eux de faire de leur Société l’arche destinée, dans un avenir prochain, à transporter l’humanité du nouveau cycle au delà des grandes eaux bourbeuses du déluge du matérialisme sans espoir. Ces eaux montent toujours et inondent en ce moment tous les pays civilisés. Laisserons-nous périr les bons avec les mauvais, effrayés des clameurs et des cris railleurs de ces derniers, soit contre la Société Théosophique ou nous-mêmes? Les verrons-nous périr l’un après l’autre, l’un, de lassitude, l’autre, cherchant en vain un rayon de soleil qui luit pour tout le monde, sans leur tendre seulement une planche de salut? Jamais! | Les théosophes sont impuissants à les arrêter. Soit. Mais il leur appartient de sauver autant de survivants que possible. Noyaux d’une vraie Fraternité, il dépend d’eux de faire de leur Société l’arche destinée, dans un avenir prochain, à transporter l’humanité du nouveau cycle au delà des grandes eaux bourbeuses du déluge du matérialisme sans espoir. Ces eaux montent toujours et inondent en ce moment tous les pays civilisés. Laisserons-nous périr les bons avec les mauvais, effrayés des clameurs et des cris railleurs de ces derniers, soit contre la Société Théosophique ou nous-mêmes? Les verrons-nous périr l’un après l’autre, l’un, de lassitude, l’autre, cherchant en vain un rayon de soleil qui luit pour tout le monde, sans leur tendre seulement une planche de salut? Jamais! | ||
Il se peut que la belle utopie, le rêve du philanthrope, qui voit comme dans une vision le triple désir de la Société Théosophique s’accomplir, soit encore loin. Une liberté pleine et entière de la conscience humaine accordée à tous, la fraternité régnant entre le riche et le pauvre, et l’égalité entre l’aristocrate et le plébéien reconnue en théorie et en pratique,—sont encore autant de châteaux en Espagne, et pour une bonne raison. Tout ceci doit s’accomplire naturellement et volontairement, de part et d’autre; or, le moment n’est pas encore arrivé, pour le lion et l’agneau, de dormir dans les bras l’un de l’autre. La grande réforme doit avoir lieu sans secousses sociales, sans une goutte de sang versé; rien qu’au nom de cette vérité axiomatique de la philosophie orientale qui nous montre que la grande diversité de fortune, de rang social et d’intellect, n’est due qu’à des effets du karma personnel de chaque être humain. Nous ne recueillons que ce que nous avons semé. Si l’homme physique de la personnalité diffère de chaque autre homme, l’être immatériel en lui, ou | Il se peut que la belle utopie, le rêve du philanthrope, qui voit comme dans une vision le triple désir de la Société Théosophique s’accomplir, soit encore loin. Une liberté pleine et entière de la conscience humaine accordée à tous, la fraternité régnant entre le riche et le pauvre, et l’égalité entre l’aristocrate et le plébéien reconnue en théorie et en pratique,—sont encore autant de châteaux en Espagne, et pour une bonne raison. Tout ceci doit s’accomplire naturellement et volontairement, de part et d’autre; or, le moment n’est pas encore arrivé, pour le lion et l’agneau, de dormir dans les bras l’un de l’autre. La grande réforme doit avoir lieu sans secousses sociales, sans une goutte de sang versé; rien qu’au nom de cette vérité axiomatique de la philosophie orientale qui nous montre que la grande diversité de fortune, de rang social et d’intellect, n’est due qu’à des effets du karma personnel de chaque être humain. Nous ne recueillons que ce que nous avons semé. Si l’homme physique de la ''personnalité'' diffère de chaque autre homme, l’être immatériel en lui, ou l’''individualité'' immortelle, émane de la même essence divine que celle de son voisin. Celui qui est bien impressionné de la vérité philosophique que tout ''Ego'' commence et finit par être le TOUT indivisible ne saurait {{Page aside|247}}aimer son voisin moins qu’il ne s’aime lui-même. Or, jusqu’au moment où ceci deviendra une vérité religieuse, aucune réforme semblable ne pourrait avoir lieu. L’adage égoiste: «Charité bien ordonnée commence par soi-même», ou cet autre: «Chacun pour soi, Dieu pour tout le monde», mèneront toujours les races «supérieures» et ''chrétiennes'' à s’opposer à l’introduction pratique de ces beaux proverbes païens: «tout pauvre est le fils du riche», et encore davantage à celui qui nous dit: «Nourris d’abord celui qui a faim, et mange toi-même ce qui reste». | ||
Mais le temps viendra où cette sagesse «barbare» des races «inférieures», sera mieux appréciée. Ce que nous devons chercher en attendant, c’est d’apporter un peu de paix sur terre, dans les cœurs de ceux qui souffrent, en soulevant pour eux un coin du voile qui leur cache la vérité divine. Que les plus forts montrent le chemin aux plus faibles, et les aident à gravir la pente escarpée de l’existence. Qu’ils leur fassent fixer le regard sur le Phare qui brille à l’horizon, au delà de la mer mystérieuse et inconnue des Sciences théosophiques comme une nouvelle étoile de Bethléem—et que les déshérités dans la vie reprennent espoir . . . | Mais le temps viendra où cette sagesse «barbare» des races «inférieures», sera mieux appréciée. Ce que nous devons chercher en attendant, c’est d’apporter un peu de paix sur terre, dans les cœurs de ceux qui souffrent, en soulevant pour eux un coin du voile qui leur cache la vérité divine. Que les plus forts montrent le chemin aux plus faibles, et les aident à gravir la pente escarpée de l’existence. Qu’ils leur fassent fixer le regard sur le Phare qui brille à l’horizon, au delà de la mer mystérieuse et inconnue des Sciences théosophiques comme une nouvelle étoile de Bethléem—et que les déshérités dans la vie reprennent espoir . . . | ||
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