HPB-SB-8-107

From Teopedia


from Adyar archives of the International Theosophical Society
vol. 8, p. 107

volume 8, page 107

vol. title: Vol Four of The Theosophical Society of The Arya Samaj of Arya-wart

vol. period: Sept 1878 – Sept 1879

pages in vol.: 350

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< Idees Incorrectes sur les Doctrines des Theosophes (continued from page 8-106) >

composée de deux parties constituantes primitives, l’une — mortelle et l’autre éternelle; la première, façonnée par les dieux créés (les forces créatrices et intelligentes de la nature), l’autre — une émanation de l’Esprit suprême. Il nous dit, que l’âme mortelle en prenant possession de son corps devient «irrationnelle;» mais entre la déraison et l’inconscience il y a une différence profonde. Platon, enfin, n’a jamais confondu le périsprit, avec l’âme ni l’esprit. En commun, avec tous les autres philosophes, il ne l’appelait ni le nous ni ψυχη, mais lui donnait le nom d’εἰδωλον, quelquefois celui d’imago ou de simulacrum.

Essayons cependant, de rétablir un peu d’ordre dans ce désordre. Donnons à toute chose son vrai nom, et établissons exactement la différence entre les opinions de notre érudit critique et les nôtres. Pour tous ceux qui ont étudié les philosophes grecs, il est évident que l’auteur confond les termes. Sa question (292) «la séparation de l’esprit ψυχη, avec l’âme, nous ou perisprit… peut-elle être jamais cause d’une complète destruction»… nous fournit la clef du mésentendu. Il traduit les mots «esprit» et «âme» simplement vice versâ.

Nous ne savons si les Grecs modernes traduisent ces deux substantifs ainsi, mais nous sommes à même de prouver qu’aucun des anciens philosophes, ne les ont jamais définis de cette manière. Nous nous permettons de ne citer que deux noms, mais ceux-ci suffiront. Notre autorité païenne est — Plutarque; notre autorité chrétienne, — ni plus, ni moins que saint Jacques, «le frère du Seigneur.» Plutarque traitant sur l’âme nous dit que, tandis que ψυχη est emprisonnée dans le corps, le nous ou l’intelligence divine plane au-dessus des mortels, en versant sur sa tête un rayon qui s’illumine plus ou moins, selon le mérite personnel de l’homme; il ajoute que le nous ne descend jamais, mais reste stationnaire. Saint Jacques est plus explicite encore. Parlant de la sagesse d’ici-bas (vide texte grec, Epître générale, Ch. III v. 15), il la traite de «terrestre, sensuelle, psychique…» ce dernier adjectif étant traduit dans les textes anglais par le mot «diabolique». Et (v. 17) il ajoute, que ce n’est que la sagesse d’en haut qui soit divine et «noétique,» adv. du sub. nous). Donc l’élément psychique ne semble jamais avoir été en odeur de sainteté, ni avec les saints du christianisme, ni avec les philosophes du paganisme. Puisque saint Jacques traite ψυχη de diabolique, et Platon en fait quelque chose d’irrationnel, peut-elle être immortelle per se?

Qu’on nous permette une comparaison, la meilleure que nous puissions trouver entre le concret et l’abstrait; entre ce que notre critique appelle «la triple hypostase», et nous «la tétraktis. Nous comparerions donc ce quaternaire philosophique, composé du corps, du périsprit, de l’âme et de l’esprit — à l’éther, — si bien pressenti par la science, jamais défini — et, ses corrélations subséquentes. L’éther, nous représentera l’esprit; la vapeur morte qui s’y formera — l’âme; l’eau — le périsprit; la glace — le corps. La glace dégèle et perd pour toujours sa forme; l’eau s’évapore et se disperse dans l’espace; la vapeur, se débarrassant de ses particules grossières, atteint enfin cet état où la science ne peut plus la suivre. Purifiée de ses dernières souillures, elle s’absorbe toute entière dans sa cause première, et devient cause à son tour. Excepté le nous immortel, — l’âme, le périsprit et le corps, ayant été tous créés, et eu un commencement, ils doivent avoir tous une fin.

Est-ce à dire, que l’individualité est perdue dans cette absorption? Du tout. Mais entre l’Ego humain, et l’Ego tout divin, il y a un abime que nos critiques comblent sans le savoir. Quant au périsprit, il n’est pas plus l’âme, que la peau délicate, qui enveloppe le fruit de l’amande, n’est le noyau, ou encore son écorce provisoire. Le perisprit n’est que le simulacre de l’homme.

Il s’ensuit, que les Théosophes comprennent l’hypostase, selon les vieilles philosophies, et d’une manière toute différente des Spirites. Pour nous, l’Esprit est le dieu personnel de chaque mortel, et, son seul élément divin. L’âme binaire, par contre, n’est que semi-divine. Émanation directe du nous, tout ce qu’elle a d’essence immortelle, son cycle sur terre une fois achevé, doit nécessairement retourner à sa source — mère et — aussi pure qu’elle s’en est détachée — c’est dans cette essence toute spirituelle, que l’Église primitive, aussi fidèle que rebelle aux traditions néo-platoniciennes, crut reconnaître le bon daïmon et en fit un ange gardien; en même temps, flétrissant justement l’âme «irrationnelle» et faillible, le vrai Ego humain (d’où le mot Ego-isme) elle l’appela l’ange des ténèbres, et en fit plus tard un diable personnel. Son seul tort fut de l’anthropomorphiser, et, d’en faire un monstre à queue et à cornes. Autrement, toute abstraction qu’il soit, ce diable est personnel, en effet, puisqu’il est identique avec notre Ego. C’est lui, cette personnalité insaisissable et inaccessible, que les ascètes de tous les pays croient punir en mortifiant leur chair. L’Ego donc, à qui nous ne concédons qu’une immortalité conditionnelle est l’individualité purement humaine. Moitié force vitale, moitié agrégation de qualités et d’attributs personnels, nécessaires à la formation de tout être humain, distinct de son prochain, l’Ego n’est que le «souffle de la vie», que Jehovah, un des Éloïm, ou dieux créateurs, souffle dans les narines d'Adam; et comme tel, et à part son intelligence supérieure, il n'est que l'élément d'individualité possédé par l'homme, en commun avec toute créature; depuis le moucheron qui se joue dans un rayon de soleil, jusqu'à l'éléphant roi des forêts. Ce n'est qu'en s'identifiant avec cette intelligence divine, que l'Ego tout souillé d'impuretés terrestres peut gagner son immortalité.

Afin de rendre notre pensée plus clairement, nous procéderons par une question. La matière tout indestructible qu'elle soit dans ses atomes primitifs — indestructible, car, selon nous, elle est l'ombre éternelle de la Lumière éternelle, et coexiste avec —cette matière, peut-elle rester immuable dans une seule de ses formes ou corrélations temporaires? Ne la voyons-nous pas, dans ses modifications incessantes, détruire aujourd'hui ce qu'elle a créé hier? Toute forme, qu'elle appartienne au monde objectif, ou à celui que notre intelligence peut seule percevoir, ayant eu un commencement, doit avoir une fin. Il fut un temps où elle n'existait pas; il arrivera un jour où elle aura cessé d'être. Or, la science moderne nous déclare que, même, notre pensée est matérielle. Que toute fugitive que soit une idée, sa conception et ses évolutions subséquentes, nécessitent une certaine consommation d'énergie; que le moindre mouvement cérébral reverbère dans l'éther de l'espace et y produit une pertubation à l'infini. Donc, c'est une force matérielle, quoique invisible.

Et, s'il en est ainsi, qui oserait affirmer que l'homme, dont l'iudividualité est toute composée de pensées, de désirs et de passions égoïstes, qui ne sont particulières qu'à lui, et en font un individu sui generis, puisse vivre dans l'éternité avec tous ses traits distinctifs, sans changer?

Et s'il change durant des cycles infinis, qu'en reste-t-il? Que devient cette individualité distinctive si prisée? Il n'est que logique de croire qu'une personne qui, déjà sur terre, oubliant son moi précieux, fùt toujours prête à se sacrifier pour le bien d'autrui; qui, dans son amour pour l'humanité, s'est rendu utile dans le présent, nécessaire dans la vie future, au grand œuvre incessant de la Création, de la Préservation et de la Régénération; et qui, enfin, aspirant à l'infini, et tâchant de progresser moralement s'est individualisée avec l'essence de son Intelligence divine, et s'est, ainsi, forcée sur le courant de l'immortalité, — il n'est que logique, disons-nous de croire qu'elle vivra en esprit éternellement. Mais qu'une autre personne qui, durant son exil de probation sur la terre, n'a envisagé la vie que comme une longue série d'actes égoïstes; qui fut inutile à elle-même comme aux autres et pernicieuse comme exemple, — soit immortelle ainsi que la première — nous nous refusons de le croire! Rien n'est stationnaire dans la nature; tout doit ou avancer ou reculer, et un ivrogne incurable, un débauché tout alourdi de matérialité, n'ayant jamais fait le moindre effort vers le bien, mort ou vivant, ne progressera jamais! Il aura à subir son sort, sans que son âme divine, elle-même, puisse le sauver. L'Ego, ou psuché terrestre, a le libre arbitre; en plus, les mystérieux avis de sa gardienne ici-bas, qui lui parle par la voie de sa conscience. Ne pouvant suivre l'homme abruti, dans sa descente rapide vers l'abîme de la matérialité, et l'homme devenu sourd à sa conscience, aveuglé à la lumière, et ayant perdu le pouvoir de s'élever vers elle, l'Essence divine, comme l'ange gardien dans les vignettes naïves de notre enfance, déploie ses blanches aïles et, laissant le dernier lien se briser entre eux, remonte vers sa patrie. L'individualité purement matérielle, peutelle vivre dans le monde des esprits abandonnée aux lois de la matière seulement? Nous disons non; pas plus que le poisson ne peut vivre hors de son élément naturel. Les lois sont universelles et immuables (1).

« Ce qui est au dessus, est comme ce qui est au dessous, » dit le grand Hermès. L'enfant à naître, ne peut vivre s'il manque de forces vitales, et meurt, avant de voir le jour; l'ego, entièrement destitué de forces spirituelles, n'aura pas, non plus, la force soit de naître ou exister dans les régions des esprits. S'il n'est que faible et étiolé — il pourra survivre, « ainsi que cela a lieu, soit sur la terre, soit au ciel. »

Mais, nous dira-t-on, les âmes méchantes ne restent pas impunies. Des siècles, des milliers de siècles, peut-être, de souffrances, est certes, une punition suffisante. Nous disons, nous, qu'une telle punition serait à la fois quelque chose de trop, et de trop peu. Elle est disproportionnée aux plus grands crimes, commis durant toute une longue vie humaine; elle serait diabolique et injuste. D'un autre côté, avec l'éternité devant l'âme souffrante, et une éternité certaine, une punition semblable serait une mauvaise plaisanterie. Que sont des milliers de siècles dans l'infini! Moins qu'un clin d'œil.

Il se peut, que cette doctrine — comme toute autre dure vérité — semble répulsive à beaucoup de monde. Quant à nous, nous y croyons. Le sentimentalisme n'a rien à faire dans nos rangs; celui qui ne se sent pas prêt à sacrifier ses plus chères espérances personnelles à la vérité éternelle, peutdevenir membre de la Société <... continues on page 8-108 >